C'est un cadeau de Noël empoisonné qu'a remis lundi le tribunal de commerce de Romans-sur-Isère aux 200 salariés de Charles Jourdan : la firme est en effet liquidée. Ce qui signifie concrètement 200 licenciements à la clé. « C'est un drame pour la chaussure, tout le monde est catastrophé » déclarait ainsi dans la foulée Bénédicte Jourdan, la petite-fille du fondateur. L'un des trois grands noms de la chaussure de luxe en France – avec Robert Clergerie et Stéphane Kélian, liquidée aussi il y a deux ans – était en redressement judiciaire depuis trois mois, sous le poids d'un passif de plus de 2 millions d'euros. C'était la 3ème procédure de ce type en cinq ans. Depuis quelque temps déjà cette PME spécialisée tournait d'ailleurs au ralenti, faute de peau pour recouvrir ses modèles.
Pourtant, Charles Jourdan a longtemps nourri de gros espoirs sur une offre de reprise de la part de Repetto, le spécialiste du chausson de danse haut de gamme. Et puis, la société parisienne dirigée par Jean-Marc Gaucher s'est désistée devant l'imbroglio relatif à la marque Jourdan. Il est vrai que l'actuel propriétaire du chausseur, Yannis Bilquez – interpellé récemment en Suisse et soupçonné d'avoir détourné 20 millions de dollars – avait gelé les droits d'exploitation du nom Charles Jourdan. Ce qui pour Repetto revenait à piéger le dossier.
La firme de Romans-sur-Isère a alors reporté ses espérances sur un autre candidat pressenti, Omniscent. Mais l'américain souhaitait tout comme Repetto mettre la main sur la marque de luxe. La semaine dernière, Omniscent était toutefois parvenu à apporter la preuve que Charles Jourdan détenait toujours ses marques, hormis celles destinées au marché… nord-américain. Ce qui là encore ne pouvait être que rédhibitoire : « On a travaillé énormément avec l'objectif de réunir à Romans la production et l'intégralité des marques, mais on découvre à la dernière minute qu'il y a un risque important de ne pouvoir commercialiser aux Etats-Unis, ni la marque Jourdan, ni celle "Kathy Hilton by Charles Jourdan" », confiait Me Gérard Binet, l'avocat d'Omniscent. Or, pour ce dernier, l'objectif était de relancer la griffe française outre-Atlantique en complétant la ligne de sacs et lunettes de la mère de la star people Paris Hilton. En droit, la marque "Charles Jourdan Paris" est détenue par une société suisse, Charles Jourdan Holding AG, une filiale à 100% de Charles Jourdan SAS, celle qui possède les outils de production. Ces entités étaient aux mains depuis deux ans du fonds luxembourgeois Finaluxe que dirige Yannis Bilquez.